
PARI RISQUÉ
Emmanuel Macron sait-il encore écouter la colère de son pays ? En décidant d’inviter le Maroc comme hôte d’honneur à la 17ème édition du Salon de l’Agriculture, le président français fait un pari risqué. Entre rapprochement diplomatique et tensions agricoles explosives, cette décision illustre une déconnexion croissante entre les ambitions internationales de l’Élysée et la détresse du monde rural.
Or cette invitation n’a rien d’anodin. Elle intervient à un moment où les agriculteurs français, déjà étranglés par des normes européennes rigides et une pression économique accrue, dénoncent la concurrence jugée déloyale des produits marocains. L’accord agricole UE-Maroc est régulièrement pointé du doigt pour ses déséquilibres. De plus, il est perçu comme un cheval de Troie permettant l’importation massive de produits à bas coût, cultivés avec des méthodes interdites en Europe. Une aberration pour ceux qui, en France, doivent composer avec des réglementations toujours plus contraignantes.
En mettant à l’honneur le Maroc dans ce contexte inflammable, le chef de l’Etat envoie un message brouillé. Officiellement, il s’agit de renforcer les liens économiques avec un partenaire stratégique, de valoriser un marché où les céréales françaises trouvent un débouché majeur.
Pourtant pour les agriculteurs français, cette mise en avant ressemble surtout à une provocation. Comment justifier une telle promotion d’un pays vu comme un concurrent, alors que les campagnes françaises souffrent et que les manifestations se multiplient ?
Ce choix, loin d’être anecdotique, pourrait bien se retourner contre le leader de la Macronie. En négligeant la colère de ceux qui nourrissent le pays, il alimente un ressentiment profond qui ne cesse de croître. Déjà, la contestation agricole nourrit les discours souverainistes et protectionnistes, donnant du grain à moudre aux formations politiques qui font de cette lutte un cheval de bataille. À trop vouloir projeter la France sur l’échiquier international, Emmanuel Macron risque de perdre pied sur son propre territoire.
La diplomatie exige des compromis, mais elle ne peut se faire au détriment des réalités sociales et économiques nationales. Plutôt que de chercher à afficher une entente symbolique avec Rabat, le président aurait dû privilégier un dialogue plus concret avec les agriculteurs français.
Laisser éclater la colère au Salon de l’Agriculture, haut lieu de la contestation ces dernières années, c’est prendre le risque de transformer une vitrine diplomatique en un procès politique. Cette prise de risque diplomatique pourrait se heurter à une réalité sociale bien plus explosive.
Un pari bien hasardeux, à quelques mois des prochaines échéances électorales.