Podcast : l’ESJC met les étudiants au cœur des réalités du son

Podcast : l’ESJC met les étudiants au cœur des réalités du son

Formats, écriture, montage, modèles économiques : lors d’une conférence professionnelle organisée le 7 janvier, Zineb El Alaoui, Mehdi El Kindi et Jihane Ziyan ont partagé avec les étudiants de l’ESJC une vision lucide et incarnée d’un écosystème audio en pleine structuration.

Le podcast commence souvent comme une note vocale. Un téléphone, une idée, une voix. Mais dès qu’on veut faire quelque chose qui tienne, qui raconte, qui embarque, le format se révèle plus exigeant qu’il n’y paraît. C’est précisément ce que sont venus rappeler trois professionnels du son à l’ESJC, mercredi 7 janvier, lors d’une conférence consacrée au podcast et à ses réalités concrètes, loin des idées reçues.

Intitulée « Le podcast : formats, défis et opportunités », la rencontre, animée par Zineb El Alaoui, journaliste à Atlantic Radio et enseignante à l’ESJC, s’inscrivait dans le module d’insertion professionnelle. Objectif : aider les étudiants à comprendre ce qui se joue derrière ce mot devenu parfois fourre-tout. Car le “podcast” n’est pas qu’un décor et un micro : c’est un choix d’écriture, de rythme, de ton, et souvent une question de moyens.

Zineb El Alaoui a posé la première pierre en rappelant ce que l’audio permet de rare : « l’audio est magique ». Sans image, il faut tout construire avec la voix, les silences, l’intention. Cela crée une relation particulière avec l’auditeur, plus immersive, parfois plus impactante que la vidéo. Mais cette proximité oblige : la tonalité se travaille, l’écriture aussi.

Mehdi El Kindi, animateur et producteur sur Radio 2M et fondateur du studio Les Bonnes Ondes, a insisté sur une confusion fréquente : on appelle “podcast” des objets très différents. Il a distingué le podcast natif, pensé pour une écoute sur Internet, et le podcast replay, qui correspond à une émission de radio remise en ligne. Deux logiques différentes, et une conclusion simple : avant même de produire, il faut définir ce que l’on fabrique.

Le propos a ensuite glissé vers le cœur du sujet : le podcast repose sur la réalisation. Et la réalisation commence bien avant le micro. Plan, intention, écoute. Mehdi El Kindi a rappelé l’importance de la structure, de la direction artistique, du montage, et de ce que l’audio autorise : “jouer avec le silence”. Là où la vidéo impose souvent un rythme visuel et une présence continue, l’audio travaille la nuance. Il demande de tenir une narration sans le secours de l’image.

Autre idée forte : on peut démarrer simplement. « Les téléphones sont performants », a-t-il rappelé, invitant les étudiants à ne pas attendre “le bon matériel” pour commencer. Dans un écosystème en construction, l’important est souvent de produire, d’apprendre, d’itérer.

La question économique est arrivée rapidement : peut-on vivre du podcast ? Les réponses ont été franches, nuancées. Le documentaire sonore, par exemple, fascine mais coûte cher et se finance difficilement. La fiction audio, elle, exige encore plus de moyens : écriture, mise en scène, production. Au Maroc, ces formats existent, mais restent compliqués à industrialiser.

Pour autant, le podcast n’est pas condamné à rester un exercice amateur. Mehdi El Kindi a évoqué des pistes réalistes : construire un projet, penser un plan, choisir une équipe, comprendre son public. Les intervenants ont aussi souligné que les modèles diffèrent selon l’objectif : un projet artistique n’a pas les mêmes leviers qu’un podcast de marque, souvent plus simple à financer et à inscrire dans la durée.

Jihane Ziyan, journaliste multimédia et spécialiste en communication, fondatrice de The ArtHolic Podcast, a apporté un regard très incarné. Elle a raconté un parcours de créatrice : un projet personnel devenu un terrain d’exploration et de liberté. « Il faut choisir son audience, encadrer son contenu dans le respect de notre culture, tout en restant créatif », a-t-elle expliqué. Elle a aussi insisté sur une confusion fréquente : « Le podcast ne se limite pas à l’interview. Il faut chercher de nouveaux formats, les comprendre, se former en continu. »

Ayant expérimenté à la fois l’audio et la vidéo, elle a assumé son choix de rester fidèle au son malgré la pression des plateformes et des chiffres, dans un contexte où Spotify et YouTube se disputent désormais l’attention du public. Son podcast, projet entièrement personnel, touche aujourd’hui une audience au-delà des frontières, preuve qu’un format audio peut voyager loin, à condition d’avoir une identité, une ligne et une constance.

La rencontre s’est conclue par un temps d’échange nourri avec les étudiants, francophones et arabophones, de la 1re à la 3e année. Un moment utile, parce qu’il a replacé le podcast à sa juste place : un média accessible, oui, mais un média exigeant. Un travail d’écriture, de rigueur, d’écoute et de production. Un métier, quand on le traite comme tel.

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